Agrandir le DIAPORAMA

Récit et photos de voyage à Madagascar
Trek en pays Zafimaniry

Mercredi 16 juillet

Ambositra - Antoetra, départ du trek en pays Zafimaniry - Sakaïdo

Au lever, c’est gris mais il ne pleut pas. En attendant Mika, je prends quelques scènes de rue devant l’hôtel, les pousse-pousse sont déjà à fond… C’est parti pour 12km sur la RN7 jusqu’à Ivato puis 25 km de piste jusqu’à Antoetra que l’on prononce «Anteutcht’». Nous faisons une petite pause à Ivato où Fetra nous montre un étal de jouets locaux: charrette à bœuf faite à base de canettes, dînette malgache avec des boîtes de conserve et juste à côté des jouets tape à l’œil chinois.

A la sortie du village, Madagascar - Zafimaniry nous voyons notre premier lémurien, le «fulvus rufus» au pelage brun, celui-ci est domestiqué. Le long de la piste, nous croisons de nombreux villageois, d’aucuns à la fabrication des briques, d’autres à la recherche d’or avec leur tamis sur la tête et d’autres encore se rendant au marché hebdomadaire du mercredi. Le long de cette piste, de minuscules échoppes permettent aux villageois, faisant parfois de longues distances pour se rendre au marché, de se restaurer, mais aussi de boire le fameux «toaka gasy», le rhum local extrait de la canne à sucre, causant des ravages lorsqu’il est consommé à outrance. A l’arrivée au village d’Antoetra en fin de matinée, nous sommes entourés par des jeunes qui veulent tous être nos guides ou nous vendre quelque chose. Serge, notre guide local nous propose un petit tour du marché. Les villageois les plus fortunés sont venus en voiture et on retrouve les 4L, les 504, … toutes les anciennes voitures françaises qui ont une seconde vie à Madagascar.

Madagascar - Zafimaniry

Le marché est haut en couleur, on y trouve de tout…cela nous permet quelques photos sympas. De nombreuses fillettes portent un petit sur leur dos pendant que les mamans vendent sur le marché. Les porteurs, au nombre de 10 se répartissent nos sacs et la logistique pour les 3 jours de trek dans la belle région des Zafimaniry. Cette ethnie est reconnue pour son travail du bois sculpté et plus particulièrement les chaises en palissandre au dossier incliné perpendiculaire à l’assise, un modèle de confort. Madagascar - Zafimaniry L’art Zafimaniry est exporté dans le monde entier, inscrit en 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. C’est, accompagnés par Serge, le guide local et Mathieu, jeune stagiaire de l’agence que nous commençons notre trek par une piste avant de prendre un chemin dans les herbes hautes. Assez rapidement, c’est l’heure de la pause pique-nique avec une bonne salade de poulet et de riz cantonais. Puis, nous voilà repartis en légère montée jusqu’à un col à 1600m d’altitude où fut dressée une grande croix par les missionnaires catholiques. En principe, il y a une belle vue! On veut bien y croire mais nous sommes dans le brouillard… Jusqu’à ce col, le paysage est vallonné et plusieurs hectares ont été replantés en arbres traditionnels grâce à des donateurs (un panneau indique un don de viticulteurs proche d’Angers). En effet, la majeure partie de la forêt a disparu avec la pratique ancestrale du «tavy» ou culture sur brûlis. Les sentiers du pays Zafimaniry sont parsemés de pierres dressées en hommage aux ancêtres: les tsangambato. Après une courte pause, nous attaquons une descente assez raide sur des dalles de granit détrempées où des marches ont été taillées dans la roche. Il faut être très vigilant car cela glisse. Assez rapidement, on se fait doubler par les nombreux villageois qui reviennent du marché, paniers ou sacs sur la tête, la plupart pieds nus…

Madagascar - Zafimaniry

Nous arrivons au beau village Zafimaniry de Sakaïdo vers 15h, toujours sous la brume. Nous avons monté 200m et descendu 500. Les Zafimaniry, «descendants de ceux qui désirent» ne se disent ni Betsileo bien qu’étant un sous groupe de cette ethnie, ni Tanala ; ils restent attachés à leurs traditions, ils vivent en symbiose avec la nature et occupent un territoire de 70km2 dans la forêt, disséminés dans de petits villages. Les maisons Zafimaniry, serrées entre elles, sont construites avec le bois de la forêt, les toits faits de couches de bambou. Le savoir-faire Zafimaniry est à l’origine notamment de maisons assemblées sans le moindre clou, aux portes et aux volets finement sculptés. L’intérieur est tapissé de bambou, orné de planches où sont sculptés des dessins géométriques typiques qui replacent l’individu dans son groupe social: Madagascar - Zafimaniry ainsi les tanamparoratra, toiles d’araignée, symbolisent les liens familiaux, les papintantely, rayons de la ruche (alvéoles losanges), représentent la vie communautaire et le soleil représente l’égalité. Les Zafimaniry vivent sous l’autorité des anciens qui dictent la solidarité et l’union.

Le chef du village, Madagascar - Zafimaniry lui aussi occupe une place très privilégiée. Nous aurons la chance d’entrer dans sa maison. Il a 74 ans. Il nous souhaite la bienvenue dans son village et nous remercie d’avoir fait tout ce chemin pour venir chez lui, cela l’honore. Il nous explique que, comme dans la plupart des maisons traditionnelles malgaches, il y a une pièce unique où les angles correspondent à des directions sacrées et le pilier central gravé, «Andry» symbolise le foyer. A l’Ouest, se trouve l’unique porte d’entrée afin de conserver la chaleur et la lumière de l’après midi. La partie nord-est est réservée aux aïeux, les ustensiles de cuisine sont dans la partie sud-est de la pièce, le coin sud-ouest est gardé pour la volaille et enfin, le coin nord-ouest est réservé aux outils. Une sérénité règne dans cette maison que nous quittons, après avoir remercié le chef et sa famille. Nous allons prendre le thé dans une maison louée par l'agence Tirawa qui nous servira de lieu pour les repas. Ensuite, Serge nous accompagne à nos tentes plantées dans la cour de l’école, en haut du village. Il bruine toujours, le sol est très gras et nous sommes contraints de garder nos grosses chaussures. A 18h, il revient nous chercher pour l’apéro, nous avons droit à un petit planteur. Nous levons nos verres et prononçons (après quelques répétitions) «Itoundrafahasalaamana» ce qui signifie «santé» en malgache. Un groupe d’adolescents se produit pour un spectacle de musique avec des instruments traditionnels dont un tambour fait dans un bambou et des cymbales, ensuite, ils nous invitent à danser. Enfin, le repas avec spaghettis bolo et bananes flambées. Retour aux tentes vers 21h30, il pleut toujours!!!


Jeudi 17 juillet

2ème journée de trek: Sakaïdo - Faliarivo - Ankidodo

Madagascar - Zafimaniry

Il a plu toute la nuit et il bruine encore au lever…Au moment du départ, le soleil tente une percée plus que timide. Un villageois vient nous montrer quelques couteaux de cuisine de sa fabrication. Serge propose que l’on aille chez lui pour voir les objets que les villageois fabriquent et vendent. Tout est étalé dans l’unique pièce: petites chaises Zafimaniry, salières, dessous de plat, couteaux, coupe papier, boîtes, …chacun repart avec un objet. Vers 10h, nous sommes prêts à partir. Nous descendons dans les rizières, c’est magnifique, quel dommage qu’il y ait ce crachin. Puis, nous remontons sur la colline sainte de Vohimasina avant de descendre en forêt. On rencontre un villageois, debout sur un tronc couché en train de fendre le tronc pour en faire des planches ou un madrier; il travaille nus pieds avec une grande dextérité. Le terrain est vallonné jusqu’au petit village de Fanandrana où le soleil semble vouloir percer. Nous rentrons dans une maison où sont étalés différents objets en bois. L’homme fabrique une salière/poivrière, ses pieds servant d’étau. Le maïs sèche au plafond.

De nombreux villageois Madagascar - Zafimaniry sortent pour nous saluer et les femmes sont fières de montrer l’enfant qu’elles portent et sont heureuses d’être photographiées. C’est, sous le soleil que nous repartons et cela change tout au niveau des couleurs. Rapidement, nous arrivons au marécage dont Serge nous a parlé. Des rondins de bois ont été mis afin d’éviter d’être les pieds dans l’eau ou dans la boue. Malheureusement, la pluie nous rattrape et nous ne nous attardons pas. Par un faux plat malgache nous arrivons au village de Faliarivo, haut perché, d’où nous aurions pu avoir une vue panoramique, mais c’est le «fog». Fetra nous explique que ce village est à l’écart des sentiers battus et très peu visité par les Vazahas. Nous sommes donc l’attraction: ils sont tous aux fenêtres puis sortent en criant «Salam, Salame, Salamo,…». Nous quittons ce village; les enfants nous suivent de loin et nous les distinguons à peine dans la brume. Le sentier se poursuit en crête sur un terrain accidenté et gras; le nuage se dissipe quelque peu faisant apparaître des rizières en contrebas et de belles falaises. Nous croisons trois villageois chargés de bois sur la tête dont l’un porte carrément un madrier.

Madagascar - Zafimaniry

Nous arrivons vers 16h30 au village d’Ankidodo après avoir monté 800m et descendu 650. Après le thé citronnelle, nous allons visiter le village avec Serge où nous allons rencontrer le chef du village. Il n’a que 52 ans. En fait, c’était son père le chef mais il est mort récemment. Il nous souhaite la bienvenue dans son village et nous demande de bien vouloir remplir le livre d’or. Il n’y a eu que 14 visites depuis le début de l’année dont 90% de français. Le temps semble capricieux dans cette région d’après ce qui est écrit. Nous rejoignons ensuite notre campement, à l’entrée du village, dans la cour de l’école. Nous avons RV à 18h pour l’apéro et le repas que nous allons prendre dans la maison louée par l’instituteur pour les groupes. Fetra nous explique différentes choses dont la façon de dire joyeux anniversaire en malgache «arahabaina tratry ny fitsingerinan’ny taona nahaterahanao ianao». Il faut un certain temps pour dire les choses en malgache! Le repas se compose d’un plat typique malgache à base de poulet, riz rouge avec une sauce au bred (légumes du type épinard) puis banane au chocolat en papillottes, miam, miam, …Quand on remonte au camp avec Serge, cela bruine toujours mais un peu moins. Serge nous assure qu’il fera grand beau demain, on en doute tous.


Vendredi 18 juillet

Ankidodo - fin du trek à Antoetra

Il n’a pas plu de la nuit, nous sommes toujours dans le brouillard mais cela semble clair en dessous. L’espoir renaît! Après le p’tit déjeuner, je vois tous les villageois, adultes et enfants se diriger vers le campement où il y a l’école. Un monsieur m’explique comme il peut que ce sont les remises de diplômes ou les passages en classe supérieure pour les enfants du primaire. Je demande donc à Serge si on peut y aller. Il ne semble pas très décidé mais finalement, il accepte. Madagascar - Zafimaniry Nous remontons à l'école; tous les enfants sont dehors tandis que les parents sont à l’intérieur de la classe avec l’instituteur. Quand les enfants nous voient, ils sont très excités et font les zouaves devant la caméra et les appareils photo. Olivier donne des stylos à l’instituteur. Il faut repartir, la soixantaine d’enfants nous acclament et quand nous sommes sur le chemin en contrebas de l’école, ils forment une haie d’honneur au dessus de nous et nous crions «Veloum, veloumo,…». La brume se dissipe mora-mora pour laisser place au soleil. Serge avait donc bien raison!

Madagascar - Zafimaniry Cela fait du bien de voir enfin le paysage. Le profil est plutôt montant. Il n’y a plus de village jusqu’à ce que nous rejoignions Antoetra qui marque la fin de notre 1er trek en pays Zafimaniry. Peu avant d’arriver au village que nous dominons, nous nous arrêtons sur la stèle familiale de Serge qui est le monument souvenir où sa famille vient se recueillir.

Madagascar - Zafimaniry

Il y a une pierre levée par ancêtre dont la taille est fonction de l’âge du défunt. Les corps sont dans un tombeau au niveau du village. Il nous explique la fête du retournement des morts qui peut regrouper jusqu’à 700 invités. Lors de cette fête, les corps sont sortis des tombeaux et transportés sur des «brancards» vers le village. Cette fête a lieu pendant la saison sèche tous les 2, 5 ou 10 ans en fonction des moyens de la famille. De nombreux zébus sont sacrifiés et les morceaux de viande sont répartis entre les invités: la chair pour les amis proches (cela resserre les liens), la poitrine pour les gendres, la bosse pour les plus âgés. Nous arrivons au village vers 12h et là, nous retrouvons nos «guides» qui veulent à tout prix nous vendre des articles en bois. Chacun achète une petite boîte pour être tranquille. Une fois le chargement effectué, nous saluons Serge et les porteurs et nous reprenons la piste par laquelle nous sommes arrivés jusqu’à Ivato puis poursuivons sur la RN7, direction le sud. Nous avons 130km environ à parcourir sur cette route que nous ferons en 4h…au début, tout va bien mais très vite ce ne sont pas des «nids de poule» mais bien des «nids de zébu» qui se succèdent et font baisser la moyenne.

Heureusement, Madagascar - Zafimaniryle paysage est superbe: terre rouge, belles rizières et villages Betsileo aux maisons hautes et très étroites, faites de torchis ou de briques rouges, avec de petites ouvertures orientées plein ouest. Lors des traversées de villages, les villageois, souvent avec de jeunes enfants, sont sur le pas de petites échoppes. On peut y trouver fruits et légumes, céréales, bois et charbon, …Ce n’est que vers 18h30 que nous arrivons à Fianarantsoa que l’on prononce «Fianarantsou», Fianar pour les locaux, la capitale de l’ethnie Betsileo. Fetra nous laisse à l’hôtel Cotsoyannis et va rejoindre sa femme qui doit accoucher d’ici une quinzaine de jours. Après une bonne douche, nous descendons au restaurant. Cela fait drôle de se retrouver en ville avec de nombreux Vazahas alors que depuis 3 jours, nous n’avons rencontré qu’un couple d’ethnologues dans les villages Zafimanry. Au menu, un planteur suivi d’un velouté de carotte coco curry, un magret de canard sauce vanille puis des tranches d’ananas flambé. Un régal. Au coucher, nous avons enfin un beau ciel étoilé.

Auteur: Patrick et Corine Willemain