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Récit et photos de voyage à Madagascar
De Tananarive à Ambositra

Ce dimanche 13 juillet, il pleut sur Paris. Bien que ce soit l’hiver à Madagascar, il devrait faire beau là bas puisque nous sommes en saison sèche. Nous retrouvons Christine de Paris et Olivier de Nantes à Roissy. Sylvain et Béthina, des Suisses, nous attendent à Tananarive. Nous faisons ce voyage avec l'agence Tirawa, bien connue des trekkers.




Lundi 14 juillet

Sur la RN7 de Tananarive, Antsirabe jusqu'à Ambositra, visite d'artisans.

Après une nuit de vol, vers 6h heure locale (+1h) nous foulons le sol malgache. La température est de 13° et il bruine, oups, oups!!! Nous retrouvons, Fetra, notre guide local et Mika, notre chauffeur ainsi que Sylvain et Béthina, arrivés tard dans la nuit avec un bagage en moins, probablement resté à Roissy. Madagascar - Tananarive Peu de répit, car nous filons déjà sur la RN7, plein sud vers Antsirabe puis Ambositra (prononcez Amboustr’) où nous passons notre première nuit. Nous sommes dans l’ethnie Merina et nous arrivons chez les Betsileo qui sont des paysans vivant au rythme des saisons, des cultures. Ces derniers constituent le 3e groupe ethnique de l’île. Nous faisons une halte sur le bord de route pour voir l’artisanat local à base de raphia, des paniers, des sets de table, des baobabs, différents animaux, des mobiles,… difficile de résister devant ces étalages et ces villageois souriants qui ne demandent qu’à vendre. La route serpente au gré des collines parsemées de minuscules hameaux tandis que villes et villages se succèdent le long de la nationale. De nombreux enfants et femmes proposent des beignets, des galettes de manioc ou encore des assiettes débordant de riz avec des brèdes (légumes) et un petit morceau de poulet devant des gargotes appelées «hotely»: Les Malgaches mangent du riz, matin, midi et soir avec des portions d’environ 300g soit environ 1kg/jour.

Madagascar - Tananarive

Nous faisons une pause à Ambatolampy, ville célèbre pour sa fabrication artisanale de cocottes en aluminium, modèle que l’on retrouve dans tous les foyers malgaches. Ils récupèrent toutes sortes de pièces d’aluminium (culasse de moteur, tringles, etc...) qu’ils fondent dans des moules. Ils travaillent sans aucune protection, pieds et mains nus, respirant des vapeurs d’alu toute la journée, syndicats et sécurité du travail n’existent pas à Mada… nous poursuivons notre route jusqu’à Antsirabe où nous allons déjeuner: au menu, un excellent steak de zébu. À l’entrée du restaurant, nous sommes happés par de nombreuses «vendeuses» de colliers en grain de maïs peints. Une certaine Chantal me dit: «c’est moi la première vendeuse». À la sortie, je n’y coupe pas, j’ai un lot de 8 colliers de couleurs différentes, le tout pour 5000Ar soit environ 1,6€. Nous allons ensuite voir un lapidaire où il y a de très belles pierres, cristaux, ammonites, géodes,… puis un atelier de broderies, une fabrique de jouets miniature et enfin un atelier qui transforme les cornes de zébu en cuillères, boîtes, baobab, bijoux… Le monsieur plaisante: «Chez vous, tout est bon dans le cochon, chez nous, rien n’est perdu dans le zébu !!!»

Tous les artisans Madagascar - Tananarive rencontrés nous expliquent les procédés de fabrication, comment ils ont progressé dans leur technique. Tout est artisanal, y compris les outils qui servent à la fabrication et la plupart des matériels utilisés sont de la récupération. Les Malgaches ont très peu de moyens, mais beaucoup d’ingéniosité. Il est difficile de repartir sans rien acheter, une fois que l’on a vu la fabrication, d’autant plus que c’est joli, très peu cher et que ça leur permet de vivre. Et maintenant, c’est parti jusqu’à Ambositra que nous atteignons vers 18h30 après de nombreux contrôles de la police, des gendarmes et des militaires tout le long de la RN7. Lors de cette première journée, nous avons rencontré une population très accueillante parlant bien le français, appréciant les Français, nous souhaitant souvent une bonne fête puisque nous sommes le 14 juillet.


Mardi 15 juillet

Les tisseuses de soie sauvage, les tourneurs sur bois, les ateliers de marqueterie

Madagascar - Tananarive

Après une bonne nuit réparatrice à l’hôtel Manya situé en centre-ville, nous faisons un petit tour de ville le temps que Fetra règle les problèmes administratifs pour récupérer le sac de Sylvain resté à Roissy et qui devrait arriver demain à Tana. Ambositra est à 245km de Tana, bâtie sur une colline à 1345m. C’est la capitale de la marqueterie et de l’ébénisterie. Ce matin, il bruine encore, mais cela devrait se lever. Nous descendons le long de la rue principale complètement défoncée où le marché bat son plein avec les échoppes de chaque côté, riz, viande, poisson ou encore les étals de fruits et légumes à même le sol, les femmes portant paniers et autres sacs sur la tête, les pousse-pousse tirés directement par les hommes courant pieds nus et les carrioles chargées dévalant la rue à toute allure. On est tout de suite mis dans le bain. Aujourd’hui, nous avons une trentaine de km à parcourir dont dix de mauvaise route et huit de piste, soit environ 1h30 jusqu’au village de Soatanana, littéralement «beau village», Madagascar - Tananarive où les femmes tissent la soie sauvage dans leurs minuscules cases de torchis, à partir du cocon du tapia, arbre endémique. Le long de la piste, c’est la vie malgache au quotidien: fabrication de briques à partir de la terre rouge (latérite), travail de préparation des rizières,… Avant d’arriver au village, nous nous arrêtons dans une forêt primaire de tapia, où notre guide du jour, la responsable de l’ONG Feedback Madagascar, nous parle de leur programme de reboisement en tapia, de la sensibilisation et la formation de la population pour l’entretien de ces arbres et la transmission du savoir-faire ancestral des tisserandes. On peut voir de nombreux cocons sur les arbres; une récolte annuelle représente plus de 30 tonnes sur 11000 hectares. Nous arrivons au village vers 12h où les femmes de l’association des tisserandes nous ont préparé un repas traditionnel. Dans ce village vivent une centaine de familles et chaque famille possède un petit hameau.

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De nombreux enfants nous accueillent en criant «Salam, Salame,…». Ils viennent de terminer l’année scolaire, tout du moins les primaires. Après le repas, nous assistons aux différentes étapes de la transformation des cocons en fil de soie, à la réalisation des écharpes, le tout de façon traditionnelle: nettoyage des cocons, cuisson, teinture, la bourre, le filage, puis le tissage. Le rez-de-chaussée des maisons est réservé aux animaux et au stockage de culture, le premier étage est le lieu d’habitation et au deuxième étage, une petite pièce est utilisée pour tisser à l’aide du métier à tisser traditionnel. Quelle dextérité: la femme qui tisse devant nous a commencé l’écharpe le matin même; elle en a fait plus de la moitié. En période creuse, environ 400 écharpes sont fabriquées par mois dans le village, où chaque maison a son métier à tisser. L’Association a différentes commandes à l’international.

Après la visite, Madagascar - Tananarive les femmes et les jeunes filles ont exposé l’ensemble de leur fabrication dans la cour de l’Association. Cela fait un très joli patchwork coloré au sol, posé sur des nattes en raphia. Il n’y a que l’embarras du choix: 3 tailles différentes et de nombreux coloris soit une bonne centaine d’écharpes. Certaines sont 100% soie sauvage, d’autres sont un mélange soie sauvage et soie domestiquée. Les teintes sont toutes naturelles, excepté les couleurs très vives. Chacun achète une ou deux écharpes. L’argent est réparti entre toutes les femmes. Ces femmes ont en moyenne 8 enfants (jusqu’à 14). Elles se marient vers 15 ou 16 ans quand elles sont enceintes. Nous quittons le village pour rejoindre Amboustr’ où l’on dépose notre guide locale en la remerciant chaleureusement.

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Ensuite, nous nous arrêtons chez une famille de tourneur sur bois. Ils travaillent différents bois: palissandre, bois de rose… Après la démonstration, ce sont les achats auprès de jeunes filles qui vantent leurs articles: bols, baobabs, statuettes, petits animaux… on craque tous. On termine la journée par l’atelier de marqueterie. Partant de petites planches de différentes couleurs, l’artisan prépare des dessins, fait les découpes et incruste les différentes formes. Quel beau travail, le tout dans un atelier minuscule et très peu éclairé… Mais le plus étonnant consiste en la fabrication des outils, à commencer par les lames des scies qui lui servent à faire les découpes. Il utilise les tiges métalliques des carcasses de pneu qu’il aplatit au marteau, puis place la lame ainsi produite dans un gabarit et fait les dents grâce à un pointeau, le tout en quelques minutes, chapeau! Nous allons ensuite dans la petite boutique… et là encore, nous ne repartons pas les mains vides. Que d’achats en 2 jours! Nous retournons à l’hôtel sous la pluie. Au repas ce soir, une soupe, du canard au miel avec gratin de pommes de terre et riz puis deux grosses tranches d’ananas. Il va être temps de marcher un peu pour éliminer tout ce que l’on mange!

Auteur : Patrick et Corine Willemain