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DIAPORAMA

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Récit et photos de trek:
le volcan Erta Ale

Le feu dans la nuit

Lever vers 5h30 car il faut tout ranger puisque nous quittons le village. Je profite d’un peu de temps pour écrire quelques cartes postales assise sur une pierre mais très vite, j’ai mon fan club d’enfants qui vient voir ce que je fais et qui me réclame des stylos. Une photo de groupe puis nous partons pour une journée de 4X4 où nous allons traverser le désert le plus chaud et le plus inhospitalier du monde, le désert de Danakil. Nous longeons la chaîne volcanique de l’Erta Ale qui s’étend sur une superficie de 100 sur 45kms avec 6 centres éruptifs, du Gada Ale au Nord (286m) à l’Ale Bagu au Sud (1031m). le volcan Erta Ale signifie «la montagne qui fume». Il culmine à 613m et est en activité éruptive permanente.

Très rapidement, la piste caillouteuse se transforme en sable et la dextérité des chauffeurs est indispensable pour ne pas s’ensabler. Cela va durer 4h, bravo Benjamin. De ci de là, quelques huttes de nomades afars. Le désert de Danakil est inhospitalier au possible, de nombreuses carcasses d’animaux desséchés jonchent le parcours. De jeunes bergers avec quelques animaux, chèvres, vaches, chameaux accourent à notre passage. Nous arrivons dans un village où nous mangerons sous une hutte, il fait très chaud. Seul les hommes sont dehors, les femmes s’occupent des tâches ménagères et des enfants. Dans cette région afar, les hommes sont polygames, l’excision est pratiquée sur 90% des femmes; l’espérance de vie est d’environ 40 ans alors qu’elle est de 48 ans pour les femmes et 52 ans pour les hommes dans le reste du pays.

Après le repas, nous repartons pour 2h de piste, 1h dans le sable et l’autre sur la lave. Nous prenons notre guide Ibrahim dans un petit village au dessus. En effet un guide afar est indispensable pour rejoindre le volcan de l’Erta Ale. Ce dernier dirige les chauffeurs sur la piste de lave solidifiée. Cela secoue sacrément. Une petite prière au dieu Toyota pour que nos 4X4 tiennent le coup. En cours de route, une chèvre est achetée et attachée sur le toit d’une des voitures. Elle se débat et avec les secousses, elle tombe, se brise une patte, pauvre bête. Et de peur, elle se lâchera sur Laurent! Nous arrivons au pied du volcan Erta Ale, quelques huttes, la piste s’arrête là. Nous préparons les sacs à dos pour le trek, l’un que les chameaux monteront et l’autre que nous porterons: nous allons passer 2 nuits dans la caldeira du volcan. Tout le monde est impatient d'en découdre.

Nous mangeons et attendons qu’il fasse moins chaud. Le trek comprend entre 3 et 4h de montée. Nous commençons vers 19h, il fait encore 30°. La montée est très progressive, le trek emprunte un grand plat puis une montée très cool. Nous arrivons en haut vers 22h15 après avoir fait une petite pause et avoir observé une lueur rougeoyante, cela promet d’être beau. Jean Claude, fatigué, trébuche, se fait mal à une côte. Le trek débouche sur le bord de la caldeira: 20m abrupt à descendre. Gebriel nous dit d’être très prudent car l’an dernier une personne s’est tuée à cet endroit. Cela n’est pas très rassurant de nuit avec les frontales, mais chacun y va à son rythme et assure. La lueur du volcan Erte Ale est maintenant bien visible, encore 5mn de trek sur les dalles de lave, et on y est.

On a beau être préparé, avoir regardé des photos, s'être documenté, les premiers instants devant cette bouche en feu sont d'une telle violence qu'ils resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Le rouge, la lave, la chaleur, l'odeur de soufre, c'est un autre monde. Le spectacle est saisissant, nous sommes au bord du cratère sud du volcan Erta Ale, d’environ 300 sur 200m et le lac de lave rougeoie quelques 80m sous nos pieds. Sous l’effet d'une chaleur d'environ 1200° et de la pression, les plaques de magma se fissurent et laisse passer la lave rouge orangée qui bouillonne et projette des gerbes d’une dizaine de mètres, c’est envoûtant. De la dentelle rouge se forme tout autour puis au milieu, cela chauffe de plus en plus en dessous puis ça éclate, puis se solidifie de nouveau. Un petit temps un peu plus calme puis, de nouveau, cela bouillonne à plusieurs endroits en même temps, les gerbes se succèdent, nous ne savons plus où donner de la tête. Les plaques se fissurent de plus en plus jusqu’à ce que le lac soit presque entièrement rouge et bouillonnant, c’est trop… nous sommes saisis aux tripes par les manifestations de motre terre, que nous pensons connaître et qui se déchaîne devant nous… Un groupe de français et d’allemands arrivent vers 1h du matin, font quelques photos puis repartent aussi vite. Nous, nous sommes scotchés devant ce spectacle vivant. Vers 2h du mat, Gebriel revient nous dire que les chameaux sont arrivés avec notre matériel pour se coucher. Presque à reculons nous nous éloignons pour rejoindre les dalles plates et poser nos matelas. C'est plus fort que nous, j'y retourne avec Laurent et Ben pour revoir le grand numéro et faire encore quelques photos. Je m'écroule enfin le corps rompu par ces émotions fortes.


Un jour, un volcan

Lever vers 5h30. Nous remontons les 20m qui nous séparent de la hutte où est installé la «cuisine». Salomon nous a confectionnés de bonnes galettes que nous dégustons avant de redescendre pour l’observation du cratère sud du volcan Erta Ale. Nous serons seuls toute la journée dans la caldeira, c’est génial. De jour, le lac de lave est gris bleuté avant de devenir argenté en milieu de journée, le tout orné de dentelle et de vagues rouges qui ondulent et s’élancent dans le ciel sous nos yeux ébahis. Nous nous dirigeons ensuite vers le cratère nord du volcan Erta Ale, qui est de nouveau en activité. En chemin, nous pouvons observé les beaux mouvements que forme la lave cordée ainsi qu'un tunnel de lave. Dans le cratère, il y a 2 ou 3 hornitos d’où coule la lave bouillonnante. C’est beaucoup moins grandiose que l’activité du cratère sud, mais quand même. Nous regagnons ensuite la plateforme pour le repas. Vers 15h, nous nous donnons rendez-vous pour faire le tour du cratère nord. D’un côté, c’est la roche soufrée qui est présente tandis que sur l’autre versant, la verdure prédomine.

Tout le monde retourne au cratère sud du volcan Erta Ale pour observer le lac de lave. L’activité est tranquille, seuls quelques foyers de lave bouillonnent jusque vers 18h30 où cela rougeoie davantage mais de façon moins spectaculaire qu’hier soir. Nous devenons très exigeants. Par contre, l'équilibre des lumières entre le rouge de la lave et le bleu du jour couchant autorise de belles photos. Le soir, retour au cratère nord puis sud. L'activité volcanique est beaucoup moins forte que la veille. Nous encourageons le volcan, prions le Dieu Erta Ale, balançons des pierres, rien n'y fait. La fatigue se faisant ressentir, chacun regagne son matelas pour dormir en espérant récupérer. Avant le lever du jour, j’ouvre un œil, le ciel est rougeoyant en direction du cratère mais le courage me manque pour m’extraire du duvet.

Après le p’tit déj, nous retournons une dernière fois au pied du cratère sud du volcan Erta Ale pour l’ultime observation du lac de lave. C’est relativement calme à part 2 ou 3 foyers bouillonnants. Nous remontons vers la plateforme, les chameaux rechignent à se faire charger. Vers 8h, nous reprenons le chemin du trek pour éviter les trop fortes chaleurs de la journée. Ibrahim, kalach et gourde à l’épaule, nous guide sur le chemin tracé dans la lave. Sur le trek, nous croisons un groupe de japonais exténués que nous encourageons. En route, Gebriel nous propose une séance de tir avec la kalach d’Ibrahim. Laurent, Olivier et Jean- Michel s’y essaient, ratant la bouteille mise comme cible. Ensuite, Gebriel tente sa chance sans succès suivi d’Ibrahim qui, lui, transperce la bouteille plastique avec sa balle. Nous étions donc bien protégés, c’est rassurant! Nous terminon le trek vers 10h30 et reprenons les véhicules pour redescendre la piste empruntée 2 jours plus tôt. La 1ère chèvre a été mangée par les chauffeurs, une 2ième a été achetée et attend son heure. Nous mangerons chez Ibrahim. Il fait très chaud dans la hutte car sa femme cuisine au feu de bois à l’intérieur. En descendant, je réalise que les quelques restes de 4X4 et le trou aperçu en montant à côté de la piste doivent être dus à l’attentat perpétré en Avril 2006 (vu sur le site du ministère des affaires étrangères). Gebriel nous expliquera que c’était à la fin de la saison touristique et que cet attentat visait des militaires.

Auteur : Patrick Willemain